La mère de toute réforme

Voici ci-dessous la chronique de Jacques JULLIARD extrait de l’excellent magazine «Le Nouvel Observateur».

Combien de temps tolérerez-vous, Monsieur CHATEL, que vos enseignants soient insultés et humiliés ?


Ça Monsieur Luc CHATEL, auriez-vous donc perdu l’esprit ? J’ai bien compris que la rue de Grenelle n’est qu’une étape dans votre brillante carrière, mais enfin, vous imaginez-vous par hasard que vous êtes ministre de plein exercice ?

Apprenez donc qu’en France ministre de l’Education est devenu un titre honorifique, confiné à des tâches purement symboliques. Or, en matière de symbole, supprimer l’histoire en classe terminale S, la plus prestigieuse, vous auriez pu trouver mieux !

Et puis cette douce manie qui saisit tout arrivant rue de Grenelle de réformer les lycées ! Les expériences passées ne vous ont-elles pas averti que c’est là une tâche 1) impossible, 2) inutile ? En tout cas, tout est désormais en place pour l’annuel monôme d’hiver, avec figures imposées : feinte colère des élèves, indignation des parents, compréhension des enseignants, trouble de l’opinion. C’est parti et vous l’avez bien voulu !

Alors, avant que le tintamarre annoncé ne rende inaudible toute parole articulée, permettez-moi quelques remarques. Je comprends bien votre volonté de privilégier l’accompagnement, le soutien individuel et une spécialisation de la terminale qui rendrait sa chance à une section L (littéraire) en voie de désuétude, mais :

– N’est-il pas contradictoire de vouloir spécialiser les terminales, quand on envisage sérieusement de rétablir la propédeutique à l’entrée du supérieur, tant les jeunes étudiants manquant de culture générale ? Vous devriez en parler avec votre collègue du supérieur Madame Valérie PECRESSE.

– Malgré vos efforts, la section S est partie pour demeurer celle des élites. Est-il, dans ces conditions, raisonnable, est-il républicain de priver les futurs cadres de la nation d’une formation historique minimale ? En un mot, croyez-en mon vieux scepticisme, ne réformer plus, c’est puéril, essayer de faire fonctionner ! Et pour cela, il y a une tâche prioritaire :

Préserver l’éducation nationale des voyous ! Combien de temps tolérerez-vous sans réagir, Monsieur le Ministre, que vos fonctionnaires soient bafoués, insultés, humiliés dans l’exercice de leurs fonctions ? Jusques à quand souffrirez-vous que vos profs et parfois vos instits constituent, avec les chauffeurs de bus de banlieue, la seule profession où se faire traiter d’« enculé » – je n’y puis rien, c’est le mot – est devenue chose banale, naturelle, dérisoire et comme inscrite dans les cahiers des charges ?

Il y a quelques jours, au lycée professionnel Jean-Lurçat (Paris 13e), opération « zappe ton prof ». Un professeur a émis la prétention de faire fermer les téléphones portables pendant son cours. Colère (anonyme) des élèves : « s’il n’y a aucun effort de votre part, nous n’avons que quelques mots à vous dire : allez vous faire enc… » Même témoignage de la part d’une remplaçante de banlieue dans « Le Monde » du 3 décembre. Il faudrait aussi parler de la reprise sur internet NoteTonProf.com, misérable opération d’intimidation et de délation. Et mille autres incidents du même genre.

Après cela, étonnez-vous que le taux d’absentéisme pour raison médicale soit deux fois plus élevé dans l’éducation que dans le privé. Ce qui m’étonne, moi, c’est qu’il ne soit pas deux à trois fois supérieur. On ne dira jamais assez la veulerie d’une société qui tolère le harcèlement au travail de ses enseignants, avec le silence apeuré de ceux-ci, la lâcheté de l’administration, la honteuse complicité des parents, la jobardise des psychologues, l’hypocrisie de l’opinion, la carence du pouvoir. Si vous voulez réformer quelque chose, Monsieur CHATEL, voici le lieu, allez-y !

Alors, chers collègues de l’enseignement supérieur, vous avez fait une belle pétition pour la défense de l’histoire, que je signe naturellement des deux mains. Mais je voudrais vous convaincre que nous n’aurons fait que la moitié, que dis-je, le dixième de notre devoir de solidarité avec nos camarades du secondaire, et notamment avec nos collègues femmes, victimes d’un sexisme abominable, tant que nous n’aurons pas fait cesser ce scandale : la destruction de notre institution scolaire par des poignées de voyous à l’impunité assurée. Voilà aujourd’hui la mère de toutes les réformes.

Conclusions :

Le travail de massacre continue. Chaque nouveau ministre apporte sa pierre à l’édifice de la destruction de l’éducation nationale. Leur but, alléger et simplifier les programmes et donner le diplôme à tout le monde, mais que restera t’il réellement à nos enfants ?

La société a fait l’enfant Roi, le Ministre de l’Education Nationale veut faire l’élève Roi.

Courageux sont ces professeurs qui se retrouvent seuls devant 20 à 30 élèves. En effet, c’est un des rares métiers où l’on se fait humilier avec honneur.

Le professeur se retrouve face aux élèves, face aux parents, face à l’administration, face aux inspecteurs, face au recteur et enfin face au ministre. Il est totalement seul, personne ne le soutient.

Les parents ne savent plus éduquer leurs enfants et pensent que ce sont les professeurs qui doivent le faire.

L’élève ne pense qu’à certaines choses : la télé, internet, le portable et le lecteur mp3.

Faudra t’il que tous les profs se fassent poignarder pour commencer à se poser les vraies questions ?

Un pays qui n’éduque plus son peuple court à la dictature. Le rêve n’est-ce pas ?


N’ayez pas peur de la vérité, mais plutôt du mensonge.

Si vous n’êtes pas avec nous, c’est que vous êtes contre nous.

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