Le brouillard des chiffres

Article très intéressent publié dans le Nouvel Observateur numéro 2364 de Monsieur Jean-Claude GUILLEBAUD écrivain et journaliste.

A trop être cités et colportés sans mise en perspective, les flots de chiffre qui envahissent les médias sont vidés de leur sens.

Tous médias confondus, on est frappé par la place centrale qu’occupent les indications comptables, les nombres, les chiffres dans le discours du flux.

Pour faire court, on dira que, jour après jour, les citoyens que nous sommes sont surtout abreuvés de quantités.

Depuis septembre 2008 et le début de la crise financière, ce déferlement a pris l’allure d’un vrai déluge.

Ce sont des milliards de dollars (ou d’euros) qui valsent quotidiennement dans l’actualité. Or, cette superfluité produit des effets pervers. Disons que, mécaniquement, trop de chiffres tuent les chiffres.

Ces derniers perdent vite toute signification. Ils ont beau être repris, cités, colportés, répétés, ils ne sont plus porteurs de sens. Convenons que cela pose problème.

A la longue, nous enregistrons donc des infos avec effarement plus intuitif que véritablement réfléchi. Nous pressentons bien l’énormité des sommes citées, mais le sens exact demeure comme noyé dans le brouillard.

C’est normal. Comment apprécier la réalité d’un chiffre quand on manque de repère, d’éléments de comparaison ? Les médias – surtout audiovisuels – font rarement l’effort de mettre ces montants en rapport avec d’autres chiffres, plus parlants. Un sacré bouillard en effet.

Pour le dissiper, prenons quelques exemples, quitte à retourner en arrière pour avoir des chiffres ronds. L’automne dernier, souvenons-nous, on apprenait qu’aux Etats-Unis, Wall Street allait distribuer, en 2009 quelque 140 milliards de dollars de salaires, bénéfices et bonus (contre 130 en 2007 et 117 en 2008).

Les commentateurs ont observé à l’époque que, ce faisant, la finance américaine battait son propre record, et cela après avoir été renflouée grâce à l’argent des contribuables.

Durant ce même automne 2009, la FAO (Organisation pour l’Alimentation et l’Agriculture), institution spécialisée de l’ONU, rendait public son rapport annuel. Il montrait que, sous l’effet de la crise, la faim avait spectaculairement progressé en 2009 dans les pays pauvres.

La FAO affirmait qu’on avait franchi, en 2009, le cap du milliard d’habitants touchés par la famine. Le rapprochement de ces deux records prend tout son sens lorsqu’on met en relation les montants concernés.

Le budget de la FAO, par exemple, a été fixé à 867,6 millions de dollars pour l’exercice 2008-2009. Ainsi, donc, les 140 milliards de bonus versés par Wall Street représentent 175 fois la somme allouée chaque année à la FAO pour lutter contre la faim sur la planète.

Sur le site de l’organisation internationale, soit dit en passant, on explique aujourd’hui que ce maigre budget représente moins de 6 % du coût des produits diététiques dans un seul pays industrialisé et à peine six jour d’achat de nourriture pour animaux pour une dizaine de pays riche.

Proposons d’autres comparaisons. Le produit national brut d’un pays comme le Burkina Faso (15 millions d’habitants) était, en 2007 (dernier chiffre disponible), de 7 milliards de dollars, soit vingt fois moins que les bonus distribués par Wall Street.

Ces derniers représentent par ailleurs deux fois et demie le budget du ministère français de l’Education Nationale (60,8 milliards d’euros en 2010), de loin le mieux doté de la République.

Le budget de la justice – qui inclut celui des prisons – se monte quant à lui à 7 petits milliards d’euros.

Une ONG comme Médecins sans Frontières fonctionne, quant à elle, avec 180 millions d’euros par an, soit 700 fois moins que les fameux bonus. Une misère.

Voilà soudain que les chiffres sortent du brouillard, Et nous parlent. Disons même qu’ils nous crient quelque chose.

Conclusion personnelle:

Depuis la crise financière, merci les américains, les traders recommencent à jouer avec l’argent exactement comme avant. Ces banques qui tiennent l’économie et sont plus riches que des Etats, une folie !

Nous nous apercevons que dans ce monde, il est plus important de faire gagner de l’argent aux banques que de se battre contre la famine.

De même, dans nos pays « riches », il est plus important de nourrir un animal de compagnie que de nourrir un être humain.

Malgré toute cette richesse engrangée par les banques, tous ces milliards, salaires, bénéfices et bonus, les licenciements, les délocalisations sont toujours un bonheur pour notre société.

Ces bonus comparés aux budgets des ministères français de l’Education Nationale et de la justice sont vraiment inquiétants.

Ce système est déraisonnable.

Qu’est-ce qui est plus important, la richesse des banques ou l’éducation et la justice ?

N’ayez pas peur de la vérité, mais plutôt du mensonge.

Si vous n’êtes pas avec nous, c’est que vous êtes contre nous.

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